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Liseciel

Récits pour explorer d’autres mondes

Le livre cesse de s'expliquer

Mille cinq cents mots de glose en moins, cinq ouvertures de partie réécrites pour montrer le geste, et trois mots sortis du lexique.

Une nef cuirassée qui se disloque en plein ciel, coque éventrée et silhouettes projetées dans la fumée.

Le devlog précédent parlait de l'allure du livre. Celui-ci parle de ce qu'il dit — et surtout de ce qu'il ne dit plus. Les deux éditions sont plus courtes de 1 500 mots, et pas une règle n'a été retirée.

Trois jours de coupe. Les parties les plus entamées sont celles qui s'expliquaient deux fois : Le Quotidience qui se joue quand vous avez gardé une mineure à l’ouverture : le destin n’est pas entré, rien n’est mis en jeu.partie 4 perd 29 %, Le Destince qui entre quand vous gardez une majeure à l’ouverture, et par nulle autre porte : le moment cesse d’être ordinaire. Il se résout à la pièce, jamais aux cartes, et ce qu’il prend ne se reprend que par lui.partie 6 18 %, La Scènel’unité de jeu : on l’ouvre, on la joue, on la referme.partie 3 20 %. Ce qui est parti, c'est de la glose — la phrase après la phrase, celle qui redit ce que la précédente avait déjà dit, un peu plus plate.

Des ouvertures qui montrent le geste au lieu de le réciter

Section intitulée « Des ouvertures qui montrent le geste au lieu de le réciter »

Cinq Ouverture (l’)le geste qui commence toute scène : trois cartes, on en garde une, on renonce aux deux autres. Le seul tirage où choisir coûte, et la seule porte du destin.partie 3 de partie ont été réécrites. Les anciennes avaient une habitude que j'ai fini par ne plus aimer : elles résumaient le chapitre en fiction. Le quotidien s'ouvrait sur un personnage énumérant ce que veulent dire les quatre Couleurs (les quatre)Bâtons/Feu, ce qui ne peut pas attendre · Coupes/Eau, ce qui revient · Épées/Air, la ligne qui sépare · Deniers/Terre, ce qui reste. Elles disent la matière d’une carte, et comment vous avez agi.partie 4 — le Feu qui brûle, l'Eau qui revient, l'Air qui tranche, la Terre qui garde. Le lecteur arrivait au chapitre en ayant déjà tout entendu, et le dialogue n'existait que pour porter la leçon.

Les nouvelles jouent une scène et laissent le chapitre faire son travail.

  • La Piècel’oracle des questions fermées : Face le premier pôle, Pile le second. C’est elle qui résout une action (partie 5) et le destin (partie 6).partie 1 s'ouvre au bas des quais, deux ruelles qui se ressemblent, quelqu'un derrière. Les deux Pôles (les deux)les deux mondes que vous posez vous-même avant de lancer la pièce : jamais un oui et du vide. C’est aussi par eux qu’une action se résout.parties 1, 5 sont nommés avant le lancer — face, à gauche vers les lanternes ; pile, à droite, dans le noir — et ça s'arrête sur « je la lance ». Pas de résultat. C'est le chapitre qui apprend à le lire.
  • Le tarot s'ouvre sur une carte tenue, non tirée : le Mat, donné par une mère au départ, corné d'avoir voyagé contre une poitrine. Elle y lisait celui qui part. Son enfant, aujourd'hui, y voit un homme qui marche au bord d'un vide, les yeux au ciel. Deux lectures d'une seule carte, avant la règle qui dit exactement cela.
  • Le quotidien, c'est maintenant un troisième café en terrasse, une date de convoi à vérifier, un chat qui joue avec une libellule. Rien ne bascule. C'est tout l'objet du chapitre.
  • Agir sur le monde rejoint enfin son illustration — une nef cuirassée qui se disloque en plein ciel. Il parlait d'une corde et d'une vigie.

Dix-huit scènes jouées retravaillées, trois nouvelles

Section intitulée « Dix-huit scènes jouées retravaillées, trois nouvelles »

Presque tous les exemples travaillés du livre ont été réécrits ou recadrés. Trois passages qui se contentaient de décrire une règle sont maintenant des scènes qu'on regarde : les Alentours (les)trois cartes tirées en cours de scène pour peupler un lieu d’un coup : on en joue une, les deux autres restent sur le tapis. Aucun renoncement, aucun destin. Ils se tirent aussi sous une question, posée sur le lieu et non sur soi.partie 7 sous question, une carte pour une présence, Peupler · ambiance · élargir · accrocher · creuserles façons de demander : qui est là et comment il est (pièce) · le temps qu’il fait (carte) · ce qui existe juste au-delà du cadre · ce qui cloche · rester sur la réponse déjà tombée. (parties 1 et 2) une réponse déjà tombée. Chacun a reçu ce qu'une scène reçoit toujours ici — un titre, un lieu, une heure, et quelqu'un.

Un exemple a changé sur un point d'honnêteté. Dans Agir sur le monde, Nera voulait un planeciel ; elle a tenté de l'acheter, puis de l'emprunter, et la troisième porte — celle qu'elle gardait pour ne pas y penser — était de s'embaucher sous un faux nom en attendant l'escale où on la laisserait seule à la barre. C'est maintenant s'embaucher à découvert, sous les ordres d'un autre. Ce que la troisième perte lui prendrait n'est plus « le droit de l'obtenir proprement » ; c'est le droit de voler pour elle-même. La même menace, plus juste pour une convoyeuse radiée de sa sororité.

Le geste qui commence chaque scène — trois cartes, en garder une, laisser partir les deux autres — était logé dans le cadrage, comme s'il s'agissait d'une formalité d'installation. Il a son temps à lui : Ouvrir · Cadrer · Jouer · ↻ Conclure, et les quatre sections du chapitre suivent les quatre temps. L'aide de jeu avait déjà « Ouvrir » dans sa boucle ; le chapitre s'en était écarté.

Un terme qu'il faut définir deux fois est un terme dont le livre n'a pas besoin.

  • Le contrecoup — la phrase où le corps réagit avant la pensée. C'était une jolie idée et elle n'habitait nulle part : toute scène qui en avait besoin l'écrivait déjà.
  • La poussée — le Désirce que votre personnage veut. Aucune mécanique, aucun compte : ça oriente ce que vous jouez.partie 11 d'un Acteurune présence qui veut : quelqu’un qui reviendra et pèsera, là où le Décor s’oublie. On l’ancre au relevé d’une ligne.partie 7. Le Portraitce qu’on écrit de quelqu’un, acteur ou personnage : un nom, ce qu’il veut, ses couleurs, et ce qu’il porte quand ça dit qui il est. Sans décompte, et jamais corrigé — on en écrit un neuf, plus loin.parties 7, 11 d'acteur dit « ce qu'il veut », en clair, et le disait mieux.
  • La graine — ce vers quoi l'on tire quand on pioche jusqu'à une Arcane majeurel’une des vingt-deux cartes nommées, du Mat au Monde. Elle ne répond pas : elle nomme, et elle pèse.parties 2, 4, 6. Le geste est toujours là ; il se dit simplement tout seul.

Chacun est marqué mort dans le glossaire de traduction, son rendu anglais retiré, pour qu'aucune passe à venir ne le ramène par accident.

Sept couvertures, et les derniers chapitres qui n'en avaient pas

Section intitulée « Sept couvertures, et les derniers chapitres qui n'en avaient pas »

Chaque partie du livre s'ouvre désormais sur une image, et les six annexes aussi. Celle des 78, carte par carte est la seule où il n'y a personne : une table de travail, des cartes étalées face visible, des bougies allumées. Un répertoire se consulte, il ne se lit pas.

Deux d'entre elles ont cassé le build avant de fonctionner, ce qui mérite une ligne puisque ce livre est fabriqué par une chaîne. L'aide de jeu est aussi le feuillet A5 qu'on pose à côté du carnet — même fichier source — et son gabarit ignorait ce qu'était une illustration : Typst s'arrêtait sur unknown variable: illus et le feuillet cessait d'être produit. Il ignore désormais les illustrations exprès : l'annexe porte sa couverture dans le livre et sur le site, le feuillet la laisse, et il tient toujours sur une double page. La couverture du colophon, elle, était mangée par la règle même qui retire du corps le sous-titre du livre — une image, il se trouve, est un paragraphe comme un autre.

  • Les alentours sous question ont leur propre section dans Le monde autour, et la réponse qu'ils donnent est maintenant jouée plutôt que résumée : pas d'herboriste, un prix.
  • Monde ou personnage ? a quitté le chapitre du tarot pour Jouer en solitaire, fondu dans la section sur le moment où l'on ne tire pas. C'était le premier filtre de cette décision, pas une règle à part.
  • Les tirages favorables et défavorables ont fait le chemin inverse, vers le chapitre du tarot, où la lecture d'une carte est chez elle.
  • Le compte de tirets cadratins est encore en baisse — 4,7 pour mille mots, contre un plafond de 8. L'outil qui le mesure est dans le dépôt ; il m'a pris en flagrant délit d'en ajouter six en une semaine.

Aucune mécanique n'a bougé. Rien de ce que vous avez écrit dans un carnet n'est invalidé, rien n'est à réapprendre. Le livre est plus court, ses ouvertures montrent plus et disent moins, et chaque partie a maintenant une image en tête.

Le tout se lit en ligne ici, dans les deux éditions, et les PDF sur itch.io sont déjà les nouveaux.

Édition ashcan : le livre est complet et jouable ; il n'est pas fini. Dites-moi ce qui casse.