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Liseciel

Récits pour explorer d’autres mondes

Ce qui n'est pas écrit n'existe pas

Une section neuve ouvre la partie 0, et elle énonce la loi que tout le reste du livre appliquait en silence : vous pouvez préparer, mais seul l'écrit crée.

Un carnet ouvert sur deux pages pointillées, vierges, un stylo posé en travers de la page de droite.

Une section neuve ouvre la partie 0. Elle énonce la seule loi que le livre appliquait partout sans jamais la dire une fois : vous pouvez préparer, mais seul l'écrit crée. Aucune mécanique n'a bougé, et rien de ce que vous avez joué n'est invalidé. Ce qui change, c'est que le livre vous dit enfin pourquoi il fonctionne.

Je joue à ce jeu. Pas pour l'écrire, pour y jouer, et il y a quinze jours je me suis assis devant une séance qui refusait de démarrer.

Les règles n'y étaient pour rien. J'avais simplement une idée vague de ce qui allait arriver : l'homme derrière le comptoir cachait quelque chose, la ruelle menait quelque part, la soirée finirait mal. Rien de tout cela n'était écrit. Tout cela était en travers du chemin. Chaque carte que je tirais arrivait en retard sur ce que je savais déjà, et ma main traînait sur la page.

Le livre avait une page pour exactement ça. La partie 12 l'appelle le futur qui n'a pas eu lieu, et c'est une bonne page : elle décrit le symptôme, elle explique qu'une liste n'est pas le Relevéla page qui garde ce qui pend : acteurs vivants, attentes, enjeux, désirs en cours, marques du destin. Il n’y en a qu’un, et il remplace le précédent.partie 8, elle prévient que l'ellipse ne vous en sortira pas. Puis elle me demandait de chasser le Maître du jeu resté en moi.

Je n'ai pas pu. Personne ne peut. On ne demande pas à quelqu'un d'arrêter de penser entre deux séances, et une règle qui l'exige est une règle qu'on finit par ignorer en silence.

Alors je l'ai retournée, et elle a changé de camp.

Vous préparerez malgré vous. Entre deux séances, une idée se forme, et rien ne vous demande de la chasser : elle est la moitié du plaisir, et elle viendrait de toute façon. La question n'est pas de savoir si vous l'avez pensée. La question est ce qu'elle vaut.

Tant qu'une chose n'est pas sur le carnet, elle n'est pas dans le monde. Elle est un possible parmi d'autres, et la carte qui tombera ce soir a le droit de la démentir. Votre préparation est un brouillon qui n'engage rien, et elle reste un brouillon jusqu'à ce que votre main l'écrive.

C'est tout, et ça tient sur une ligne. Ce qui n'est pas écrit n'existe pas.

Un monde que vous découvrez au lieu de le dérouler.

Vous ne visitez pas un Décorce qu’on croise et qu’on oublie : pure couleur, rien à noter. Un Décor devient acteur le jour où l’on s’aperçoit qu’il veut quelque chose.partie 7 monté d'avance. Vous voyez par les yeux de votre personnage, en même temps que lui, et ce qu'il trouve vous surprend encore. C'est cela que j'avais perdu ce soir-là, et c'est de l'avoir perdu qui donnait à la séance son goût de devoir à rendre.

Une partie qui cesse de surprendre son auteur cesse d'être un jeu. Un moteur ne vaut que ce qu'il peut encore vous apprendre.

Voici ce qui fait que c'est plus qu'une section de plus, et la raison pour laquelle je voulais l'écrire plutôt que la livrer sans rien dire.

Une fois la phrase posée, quatre règles qui semblaient sans rapport se révèlent être la même, vue de quatre côtés.

Le carnet n'archive pas, il engendre, ce que l'introduction dit depuis la première version. Le relevé se réécrit à neuf, et ce qu'on n'y recopie pas est mort. À l'ouverture, on renonce à deux cartes et elles s'en vont pour de bon, sans rien à noter et rien à rattraper. Et la partie 10 proscrit de bâtir le monde hors du jeu, ce qui se lisait jusqu'ici comme un conseil un peu sévère.

Non pas quatre décisions. Une loi, appliquée quatre fois. Le livre l'imposait partout et ne l'énonçait nulle part, et c'est exactement pour cela qu'elle se lisait comme une collection de duretés arbitraires au lieu d'une idée unique. Elle se lit autrement maintenant, et je n'ai eu à changer aucune de ces quatre règles pour y arriver.

Une chose demandait à être tranchée, parce que la loi neuve pourrait facilement se lire comme un ordre de tout laisser au hasard.

Ce n'en est pas un. La ligne ne passe pas entre le hasard et la décision. Elle passe entre maintenant et d'avance.

Décider dans la Scènel’unité de jeu : on l’ouvre, on la joue, on la referme.partie 3 est permis, et la partie 12 vous dit toujours de décider et d'avancer quand le tirage ne ferait que vous ralentir. Ce qui coûte, c'est de décider pour une scène que vous n'avez pas jouée. La faute n'a jamais été de choisir. La faute, c'est de choisir à la place d'un moment qui n'a pas eu lieu.

L'ancienne page garde ce qu'elle seule peut dire : le symptôme, la différence entre une liste et le relevé, et pourquoi sauter par-dessus une étape vous dépose simplement plus loin sur la même liste.

Sa fin est partie. « Chassez-le » est devenu « laissez-le parler », parce que rien de ce que le Maître du jeu en vous annonce n'est écrit, donc rien de ce qu'il annonce n'a eu lieu. Vous n'avez pas à gagner cette discussion. Vous avez seulement à savoir qu'il n'a aucune autorité sur une page que vous n'avez pas remplie.

Le livre y a perdu une devise au passage. « Rien n'est écrit, donc rien n'est tracé » disait la même chose un chapitre trop tard, et deux phrases jumelles n'en rendent aucune mémorable. Une loi, dite une fois, à l'entrée.

Rien, mécaniquement. Aucune procédure n'a bougé, aucune carte ne se comporte autrement, rien dans votre carnet n'est invalidé, et il n'y a rien à réapprendre.

Ce que vous y gagnez, c'est une phrase à quoi vous tenir le soir où la séance refuse de démarrer. Si vous avez l'impression de courir en retard sur votre propre histoire, c'est probablement le cas, et le remède n'est pas d'écrire plus vite. C'est de remarquer que ce sur quoi vous êtes en retard n'a jamais été écrit, et n'a donc jamais eu lieu.

Les deux éditions ont été écrites dans la même passe. Les parties 0 et 12 sont traduites et scellées des deux côtés, les charpentes se comparent automatiquement, et le contrôle passe : mêmes planches, mêmes scènes, mêmes cartes sur le Tapisla table devant vous : les cartes tirées y restent à vue le temps de la scène.parties 2, 7, comptées en français et en anglais.

Le rendu anglais de la devise est au glossaire, encore marqué comme proposition et pas comme gelé. Deux tours ont été écartés en chemin : « nothing exists until it is written », qui retourne la phrase et lui ôte sa forme de loi, et « the unwritten does not exist », qui sonne proverbe au lieu de règle.

Les PDF sur itch.io sont déjà les nouveaux.

Le livre entier se lit en ligne ici, dans ses deux éditions.

Édition ashcan : le livre est complet et jouable ; il n'est pas fini. Dites-moi ce qui casse.